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viaLes Trente glorieuses de la lingerie fine : faux-culs, corset et frou-frous isérois.

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Lors de l’émission « le téléphone sonne » du 15 mai 2013 traitant du devenir des déchets provenant des réacteurs nucléaires, ont été seulement invités à s’exprimer un membre de l’ANDRA et M. Bataille, à l’origine du projet d’enfouissement CIGEO. Un auditeur en a fait la remarque et le journaliste en charge de cette émission a répondu avec une certaine arrogance qu’il assumait le fait de n’avoir fait appel à aucun opposant.

Certes, les auditeurs peuvent poser des « questions qui fâchent » mais ils n’ont plus aucun moyen de reprendre la parole lorsque l’intervenant donne une réponse inexacte ou de mauvaise foi. Il y a bien là un déficit démocratique et pour un service « dit » public, c’est une faute. Avez-vous si peur de faire entendre un autre discours, plus exhaustif, permettant aux auditeurs de construire leur propre opinion?

Alors que Madame Fontrelle a reconnu que l’opposition au projet avait été très violente (le terme de jacquerie a même été prononcé), comment expliquer que les contestataires n’existent plus ?

Se seraient-ils tous laissé persuader que la sécurité des populations à venir ne serait pas menacée ?

Ou bien la manne financière de l’État a-t-elle achevé de calmer leur conscience ?

Plus prosaïquement, n’ont-ils pas été empêchés de parler ? Devons-nous croire que vous subissez des pressions ? Une nouvelle fois, on s’aperçoit que lorsqu’il s’agit du nucléaire, il n’y a plus d’éthique…

Monsieur le Directeur, les membres du groupe local de Sortir du Nucléaire Isère vous proposent, pour rétablir l’équilibre démocratique, d’inviter deux opposants au projet CIGEO et un défenseur de ce même projet dans une prochaine émission du « téléphone sonne ».

Comptant sur votre impartialité, nous vous prions d’agréer, Monsieur le Directeur, nos sincères salutations


Voilà, deux ans maintenant que le fou de théâtre qu’était Laurent Terzieff est parti, si son corps a retrouver la poussière, son souvenir est toujours présent, et surtout dans cette dernière pièce dans laquelle il avait jeté toutes ses dernières forces, Philoctète. Il fallait voir arriver un vieille homme vouté au théâtre, puis sur scène le Philoctète fier et rebelle. Il fallait le voir se laisser tomber à terre, se relever. Un autre homme, l’acteur dans la peau de son personnage. Et cependant un être aimable et accueillant qui après la pièce venait voir ses admirateurs et admiratrices surtout, pour leur parler, leur accorder de son temps. Vraiment quelqu’un de bien comme dit la chanson. Une pièce vu six fois je crois,  car autant l’acteur Laurent Terzieff, que le personnage de Philoctète  me plaisait. Philoctète un être rebelle avec un texte que je trouve très très beau. Bref je ne regrette pas. On est allé le voir dans différente ville, à Villeurbanne, à Paris, à Chambéry, à coté de Genève et enfin à La Rochelle. Un peu dingue là puisque le voyage aller, retour fait pendant le weekend, mais La Rochelle est une belle ville. Mais ce sont des bons souvenirs. Seul déception, la fin de cette pièce. Mais je ne dirai pas quelle est la fin, le livret de la pièce coute autour de 10 €, donc on peut faire un petit effort.  Une petite présentation de la pièce que les anciens du Post.fr connaissent déjà, qui retrace l’histoire à travers ses meilleurs passages, bonne lecture.

Présentation de Philoctète par Ulysse

Le vieux et sa vieille grimace la
grimace qui lui est tombée dans les pieds
et qui pue la charogne qui la pue tant
que la vague même se détourne

La traîtrise d’Ulysse, abandonner Philoctète, seul, sur l’île déserte et caillouteuse de Lemnos :

qu’un jour j’ai ordre des chefs laisser le vieux
c’est qu’on n’en pouvait plus nous autres au
camp de l’entendre crier hurler gémir
plaindre son pied puant jusque dans le sommeil


La mission de Néoptolème, fils du grand Achille, présenté par Ulysse:

Mentir tu dois mentir il s’agit
d’attraper l’animal avec un filet de mensonges
l’attraper lui Philoctète et son arc
ce qu’il nous faut c’est son arc l’infaillible
l’arc infaillible la chose prodigieuse
qui tue plus sûrement que la nuit avale le jour


Mais la fougue de Néoptolème ne peut s’accommoder d’une telle mission, lui ce qu’il veut c’est vaincre avec les armes à la main, pas avec des mensonges. La réponse d’Ulysse :

Oui oui j’ai été jeune aussi
tout comme toi la main plus prompte que la bouche
mais crois en mon expérience c’est la parole
la parole pas l’action qui mène le monde


Il ne faut pas oublier cette sentence, sinon on en fera les frais.
Mais Néoptolème n’est toujours pas convaincu et voudrait le convaincre.
La réponse d’Ulysse :

Aucune chance le vieux a la tête taillée
dans le roc on ne raisonne pas un roc
on ne l’aura ni par la raison ni par la force


Et :
Mais le mensonge n’est rien s’il te sauve

Finalement Néoptolème va accepter cette mission. Il attend Philoctète devant sa grotte qui lui sert de repère.
Vient enfin Philoctète qu’il fait semblant de ne pas connaître ce qui provoque cette réaction:

ils ont jeté sur mon cadavre du silence
à poignées tombeau deux fois fermé oui
je meurs vivant d’une deuxième mort
oubli sur oubli meurtre deux fois fait
puisqu’ils ont oublié jusqu’à mon absence

Puis se met en place le filet de mensonge, Néoptolème dit haïr Ulysse car celui-ci lui a volé les armes de son père Achille. Philoctète qui hait aussi Ulysse rentre aussitôt dans le jeux car les ennemis de mes ennemis sont mes amis. Philoctète apprends de la bouche de Néoptolème la morts à Troie de vaillants guerriers de ses amis alors que vivent toujours les guerriers sans honneur :

C’est écœurant menteurs voleurs bandits
ceux-là feront toujours de vieux os
on dirait non ? que les dieux les protègent
et nous autres il faut qu’on les loue les dieux
qu’on les loue qu’on les chante et les vénère
quand ils expédient les justes dans l’Hadès
et font à la fripouille un asile douillet
non mais comment respecter des dieux
qui se font les complices du mal ?

Donc le mensonge consommé, Néoptolème et Philoctète décide de se mettre en route pour la Grèce et le pays de Philoctète alors que dans la réalité, c’est à Troie que Néoptolème conduit Philoctète sur l’ordre d’Ulysse. Mais au moment de partir, la douleur dans le pieds de Philoctète se réveille, l’obligeant à se coucher, puis à être plongé dans un profond sommeil. Avant Philoctète décide de donner son arc magique à Néoptolème :

Tiens prends-le cependant méfie-toi
les dieux sont jaloux il peut te donner
plus de mal que de bien comme il fit à
moi et à celui de qui je l’ai reçu


Puis Philoctète est plongé dans un profond sommeil

Sommeil sommeil qui dénoues les douleurs
et laves l’âme de ses suies
sommeil qui ne connais
ni la souffrance ni la peine
viens à nous douceur secrète
maître des effacements
pose le voile léger sur l’âme
et sur les yeux répands
cette ombre claire
qui guérit

Néoptolème après la joie de la victoire, connaît les doutes du remord. Au réveille de Philoctète, il avoue sa traîtrise, mais sans rendre l’arc :

le remords a mis ses dents dans ta gorge
tu as beau faire il ne te lâchera pas
je crierai à tous ce dont tu fus capable
s’il n’est pas d’oreille humaine pour m’entendre
j’en appellerai aux pierres et au vent
aux ravins aux arbres aux falaises
j’irai jusqu’aux promontoires déserts
et que le bruit de ta honte résonne
à la crête de la plus lointaine vague

Intervient alors Ulysse qui s’aperçoit que Néoptolème flanche. Ulysse tout d’abord essaye de convaincre Philoctète, n’y parvenant pas il se fait le messager des dieux. On sait que cette méthode est largement employée par les intégristes de tout poil. La réponse de Philoctète ne se fait pas attendre :

Ton cynisme décidément
est sans limites
tu mêles trop bien les dieux à ton affaire
ne les charge pas de tes mensonges

Ulysse alors emploie la force. Philoctète répond :

Tu oses m’attacher moi le désarmé
boiteux demi-mort trompé et piégé
comme un gibier une proie sous ta dent
il faut que tu sois le dernier des lâches
pour te faire un bouclier de ce garçon
un innocent qui ne peut qu’obéir
lui est de ma race pas de la tienne
et le voilà perdu devant sa faute
pris de compassion déchiré de remords
je ne m’étonne plus de tes bassesses
toujours à tricoter tes ruses dans l’ombre

On admirera la suffisance d’Ulysse, celle de tout chef d’ailleurs, qui s’est rarement fait dans l’honneur, mais souvent dans les coups bas :

J’aurais beaucoup de choses à lui répondre
mais ce n’est vraiment pas le moment
je ne dirai qu’une seule chose :
je suis l’homme qu’il faut quand il faut
et je sais être juste et bon quand c’est
l’heure je ne suis pas ici pour faire le brave
dans je ne sais quel combat douteux

Mais Néoptolème dont le remord a planté ses dents dans sa gorge, ne donne l’arc, ni à Philoctète, ni à Ulysse. Il essaye de convaincre Philoctète, mais celui-ci lui répond :

Jamais
non jamais
même si je dois me consumer mille ans
sous les foudres de l’Olympe je n’irai pas
qu’ils meurent tous
Troyens Grecs
assiégeants assiégés
ruines sur ruines !

Finalement Néoptolème rendra l’arc à Philoctète et va essayer encore un fois de convaincre Philoctète d’aller à Troie avec son arc. Mais celui-ci est inflexible :

Ma vie ma vie même est un champ de ruine
et je dois choisir entre deux malheurs
ah qu’elle vienne comme j’aimerais ma mort
puisque ma vie est un combat sans armes
je vois bien garçon que tu as raison
je ne doute plus de ton amitié
il faudrait oui céder tu as raison
mais alors dis-moi comment oser
après marcher le front haut dans la lumière ?
à qui oserai je parler sans honte ?
comment après ce qu’ils m’ont fait subir
mêler mes pas aux pas des assassins
eux Ulysse et l’engeance des Atrides
ceux-là qui m’ont tué et retué ?

Alors la fin, on n’a pas le droit de le dire, mais sachez qu’elle me crucifie chaque fois que je la vois. Ma seule consolation c’est de penser que c’est encore une traîtrise d’Ulysse, qui comme à l’accoutumée se sert des dieux pour obtenir ce qu’il veut.

PHILOCTÈTE de Jean-Pierre Siméon (Variation à partir de  Sophocle)
aux éditions « Les Solitaires Intempestifs » (10€)
Mise en scène de Christian Schiaretti
avec la Troupe du Théâtre National Populaire de Villeurbanne
avec Laurent Terzieff dans le rôle de Philoctète

Je conseille fortement la lecture de ce beau texte, je suis loin d’avoir mis tous les meilleurs passages et j’espère que ceux fournis vous donneront l’envie de le lire en entier.

Publié par : behemothe | 20 février 2012


Le blog Autrement vu

Quelques trucs et astuces pour publier un billet ici (épisode 1).

Voir l’article original 372 mots de plus

Publié par : behemothe | 20 février 2012

Réveillez-vous !


Il s’agit d’une transcription d’une partie de l’émission le Journal 3D de Stéphane Paoli sur France Inter du 27 mars 2011 à 12h00. Bon c’est un peu long, je ne sais pas qui aura le courage de tout lire. Mais cela ne fait rien, cette transcription je l’ai surtout faite pour moi, pour bien comprendre, je suis très très lent à la comprenette. Mais puisque c’est fait j’en fait profiter ceux que cela pourrait intéresser. Il est évident que les fautes d’orthographes sont mon glorieux apport aux débats.

Stéphane PAOLI : Elle est pas mal cette injonction « Réveillez-vous ! ». Nous allons tenter en effet de nous réveiller un peu dans cette première partie de 3D sur un sujet qui en encore une fois est un sujet difficile. Permettez moi de vous présenter ceux qui vont participer à cette première partie de l’émission.

(…)

A vos cotés se trouve Guy Baillon, merci d’être là, vous êtes psychiatre des hôpitaux, vous travaillez en équipe de secteur dans le 93 entre l’hôpital de Ville Evrard et le secteur de Bondy et vous êtes cofondateur de l’association « Accueils » et membre du collectif des 39 qui ont pris position aussi très clairement contre, ce qu’ils estiment être la nuit sécuritaire. Vous êtes l’auteur de plusieurs essais, dont un qui va beaucoup nous servir pour cette émission, « Quel accueil pour la folie » qui est paru aux éditions « Champ social ».

Alors je disais, en commençant, un projet de loi adopté en conseil des ministres, c’était en janvier dernier, débattu à l’assemblée ces derniers jours, qui assimile encore une fois la maladie mentale à la dangerosité. Je voudrais monsieur Baillon avec le psychiatre des hôpitaux que vous êtes, commencer par quelque chose qui ne sera pas simple :

Est-ce qu’on peut enfermer la folie dans une définition de la même façon que trop souvent malheureusement on enferme les patients dans des lieux sécurisés. Est-ce qu’il y a une définition de la folie ?

Guy Baillon : Je veux bien m’y lancer parce que je crois que c’est essentiel pour le débat. Merci de commencer par cette question, au passage vous prenez un très grand risque en m’ayant invité, vous ne savez pas tellement bien

Stéphane PAOLI : Si vous savez à quel point nous aimons les risques ici

Guy Baillon : Je sais que vous aimez les risques mais le problème c’est que moi aussi j’ai, et avec les personnes qui sont là, pris un très grand risque parce que, ce qui serait grave, c’est qu’on ne soit pas aujourd’hui convaincant pour expliquer ce qu’est la folie, pour expliquer l’effort que fait la psychiatrie et l’impossibilité d’accepter ce qui est en train de se passer en ce moment. Cependant c’est pas une émission, il faudrait qu’il y ait pendant toute une année, toute une suite de rencontre, de débat dans l’ensemble du pays pour que ce travail puisse être fait parce que c’est un vrai problème de société, aussi grave que le refus de la peine de mort qui à mon avis est en filigrane dans la loi aujourd’hui. On réintroduit, je dirai, les assassinats d’âmes, dans cette loi. Alors la folie, est-ce que je parle du plus simple?

Stéphane PAOLI : Mais dîtes nous d’abord comment vous, parce que ça m’intéresse de savoir comment vous la percevait, la personne que vous êtes quotidiennement abordait des hommes et des femmes dont on nous dit qu’ils sont fous, le sont-ils et qu’est-ce que la folie?

Guy Baillon : Alors je vais être le plus simple possible en vous précisant que lorsque je suis entré dans les hôpitaux psychiatriques dans les années 1960 et quelques, j’ai tout de suite eu peur de l’incompréhensible, de l’innommable, de la violence et de la misère surtout qui était là, et donc j’ai failli repartir. Donc cette incompréhension qu’a la société, elle est justifiée, elle ne peut être dépassée que si nous arrivons. Je vais vous dire très clairement. La folie c’est essentiellement les problèmes que l’on appellent psychose et les maniaco-dépressif. Et de quoi sont constitués ces troubles, essentiellement d’angoisses, de dépressions.Qui d’entre nous ne connait pas cela à des niveaux modestes. A un moment donné chez l’un ou l’autre d’entre nous, l’intensité va prendre une telle force que ça va être insupportable. J’étais consultant dans le service pédiatrique de l’hôpital Jean Verdier à Bondy et j’ai un jour été appelé pour voir un adolescent de 16 ans en proie à l’angoisse, je vous assure que c’est le spectacle humain le plus pénible qui soit. Il essayait de se casser la tête contre les murs. Mais à un moment donné, de cet implosion, de ce vécu insupportable, il y a quelque chose qui arrive, c’est le délire. Et le délire, Freud disait « c’est la première étape dans la guérison ». Pourquoi, parce que brusquement dans ce qui est invivable, il y a une lumière qui arrive, une sorte de révélation et qui permet à la personne de dire, mais ça y est il a compris pourquoi ce monde est hostile, il a compris ce qui est en train de se passer, puis il a compris sa pauvreté parce qu’il est très riche. Il va construire autour d’une idée, non pas quelque chose d’extérieur qui est un élément étranger, il va construire une partie de soi qu’il devra toujours garder car ça fait parti de lui, c’est sa création intime et donc à partir de là, il y a quelque chose qui va pouvoir se passer, qui est, je dirai formidable. Le seul problème c’est que ça entraine une conséquence grave, ce qu’a découvert Pussin, c’est qu’il y a deux part en lui, une part qui est troublé et une part qui est saine.

Stéphane PAOLI : Mais ce que vous nous décrivez, Mr Baillon, c’est évidement une image de la complexité et au fond vous nous dîtes que chaque homme et que chaque femme que vous approchez est toujours un cas d’espèce. Mais vous avez invoquez la peur. Je voudrais qu’on revienne un tout petit peu en arrière, 1795, l’hôpital Bicêtre, il y a un gardien, pas un médecin, le type qui est à la porte qui surveille les entrées et les sorties. Cet homme a été très très malade et probablement que l’expérience de sa maladie, probablement sa complexion naturelle, c’est surement quelqu’un de généreux, fait qu’il regarde les fous qui sont attachés et traités comme des bêtes avec un regard d’une humanité extraordinaire, ce jour là peut-être commence la psychiatrie.

Guy Baillon : La psychiatrie est né ce jour là. Quand on pense à cela on est plein d’espoir pour l’avenir. Pourquoi ? Parce que, comment se fait-il qu’un homme qui n’avait pas une très grande éducation qui est quand même capable d’écrire puisqu’il a écrit ses conclusions. Qui était pris dans un contexte général où il était convenu de dire que bien sûr les femmes étaient maltraitées mais les fous encore plus. C’est à dire les fous étaient des animaux sauvages. Comment se fait-il que cet homme ait eu cette idée ? Je ne suis pas sûr de sa maladie, je crois qu’il est un ancien tuberculeux. Comment se fait-il que cet homme ait eu cette idée de dire que ces personnes qui étaient si agitées si violentes si incompréhensibles et pleines de chaines, comme a-t-il pensé qu’il y avait là quelqu’un qui vivait ? Un Homme. Il était décrit par tous comme un animal sauvage. Et à partir de là faisant cette expérience qui était la première équipe de secteur qui s’est déployée, parce que accompagné de sa compagne Marguerite il a commencé à défaire des liens et puis il s’est rendu compte

Stéphane PAOLI : Il les a nourris, il les a habillés, il les a traités comme des humains, pas comme des bêtes

Guy Baillon : Et il s’est rendu compte au fur et à mesure de ses actes, ces hommes et ces femmes étaient capables d’avoir des liens, non seulement de pouvoir converser mais d’être capable de l’aider à panser les autres patients, à les nourrir. Et donc c’est une découverte vraiment extraordinaire et la phrase qui est reprise dans le livre de Gladys Swain et de Marcel Gauchet est de toute beauté :

« Chez toutes personne troublées, folle, persiste une part de raison gardée »

Stéphane PAOLI : C’est cela la folie totale n’existe pas. Il y a toujours en nous une part, comment vous dire, de normalité absolu.

Guy Baillon : D’avocat de la vie. Je vous assure si j’avais eu cette phrase au début de mes études et  je dirais les jeunes qui se présentent dans le milieu de la santé mentale, écoutent ça, je pense que leur peur initiale va diminuer aussitôt. Parce qu’ils savent qu’il y a un avocat chez la personne qui soit disant ne les comprend pas. On a plein d’expérience, nous, de personne malade en pleine agitation qui sont capables, un temps après, de faire un commentaire « si vous saviez comme j’ai été content du geste que vous avez eu » d’autres « quand même vous m’avez drôlement mal traité »

Stéphane PAOLI : Oui d’ailleurs on va entendre dans instant un témoignage édifiant de ce point de vu. Il y a une chose qui se trouve belle et forte parce qu’elle est courageuse , vous qui aviez peur docteur Baillon, c’est que vous dîtes quand même « on ne peut les guérir tous » et que donc même s’il n’existe pas de folie totale il existe des patients qu’on ne peut pas guérir. Donc il faut dire les choses pour ce qu’elles sont. Vous êtes confrontés quelque fois à des situation qui sont indépassables.

Guy Baillon : Je crois que le mot guérir est imprudent. J’ai peut-être dit cela et c’est imprudent parce que on est sur un terrain où comme dans le reste de la médecine il faudrait qu’on enlève un corps étranger qui fait mal, et qui produit du mal, alors que le trouble mentale fait parti de la vie de la personne du début à la fin de sa trajectoire et donc là il y a quelque chose qui est mal mené.

Stéphane PAOLI : Ce qui est navrant et on va venir au sujet et à sa dimension politique, c’est que quand on est comme vous même vous avez été confronté à la peur, le premier des réflexes que nous avons effectivement dans une société, c’est malheureusement de chercher les responsables et tout à coup voilà que parce qu’un étudiant, et c’est une situation dramatique, a été tué dans la rue à Grenoble par un dément, voilà que le président de la république dit il nous faut une loi, et que cette loi nous inscrit dans le tout sécuritaire dont on va parler maintenant. Il faut désigner des responsables

Guy Baillon : Oui mais juste avant, je voudrais vous dire quand même un petit mot au niveau de cette guérison dont vous venez de nous parler. Il a fallut des années et des dizaines années pour comprendre en effet qu’il y avait, qu’il était toujours nécessaire d’avoir des abords multiples pour aider la personne. Mais il y a un psychanalyste italien Gaetano Benedetti qui a tout a fait dit en quelque mot l’essentiel du processus de guérison. C’est à dire que quand on rencontre quelqu’un et qui est une clef pour tous les acteurs, quand on rencontre quelqu’un qui est en plein délire, qui nous fait peur dans son délire, si on a un tout petit peu de courage, un peu de patience, un peu de temps et qu’on accepte d’écouter le délire aussi violent soit-il, aussi incompréhensible soit-il, et que l’ayant écouté, on prend du temps, on est capable de le restituer à la personne et qu’on puisse lui montrer le respect que l’on a au lieu de le critiquer et qu’en même temps que cela l’acteur puisse se dire, vous savez ce que vous êtes en train de dire, premièrement c’est beau, je me souvient d’un sourire d’un patient « ah enfin on lui disait que son délire était beau » mais plus que cela ce que vous dîtes me fait penser à quelque chose à moi qui me paraît tout à fait proche qu’est-ce que vous en pensez ?. Et à ce moment là commence la spiral du soin. Le début de toute psychothérapie. Pas seulement pour les psychotiques, mais pour ce que l’on appelle les patient border line, ceux qui ont des difficultés mutique dans leur vécu. On est en train là d’ouvrir une porte qui ne va pas s’arrêter et qui permet de dire, dit Benedetti, de guérir des schizophrènes en quelques années quand on est dans de bonnes conditions avec le milieu environnant, dans la mesure où on ne peut jamais s’occuper de quelqu’un tout seul si on ne s’occupe de sa famille.

Stéphane PAOLI : Vous avez dit ouvrir une porte là, là où il est aujourd’hui question de les fermer. Juste une chose encore qui est magnifique et que vous partagez avec quelqu’un qui vous est cher et cher aux auditeurs sur l’antenne de France Inter, c’est Jean Claude Ameisen qui nous parle de Darwin, des évolutions de notre humanité. Vous dîtes avec lui que chacun d’entre nous et ceux aussi qui sont atteint de maladie mentale est lié au reste de l’humanité et que donc cet échange ce lien là il est impératif de le prendre en compte sinon nous renonçons à notre humanité. Et ça au fond vous nous proposez chacun d’entre nous d’être au fond un peu le sculpteur de nous même et ceux qui peuvent moins bien sculpter que les autres alors les aider mais pas les enfermer

Guy Baillon : Je suis émerveillé par le livre, j’avais lu le livre puis ensuite, j’ai écouté les émissions, je suis encore plus émerveillé. Voilà un anthropologue médecin qui en effet nous fait un parcours en s’appuyant sur Darwin, sur les épaules de Darwin, et sur toutes les découvertes les plus récentes qu’il est capable d’intégrer et cette capacité de présenter de façon intégrative toutes les données, Il est un peu prudent sur tout ce qui psychodynamique et psychanalyse mais on le voit approcher à la fin de son livre, il y arrive. Il arrive à intégrer tout et justement il nous fait comprendre que les gènes ne sont pas tout. Que ce qui est transmis de façon verticale de génération en génération n’est pas tout. Mais que tout ce que nous vivons, et il rejoint toute une suite de découvertes physiologiques récentes, y compris le prix Nobel Kandel, que tout ce que nous vivons se marque et laisse des traces, ce qu’a dit la psychanalyse, qui vont être constamment les unes et les autres en fonction des évènements utilisé par la suite. C’est à dire que tout ce que nous recevons est intégré et va devenir un message pour ceux qui nous entourent.

Publié par : behemothe | 20 novembre 2011

Pourquoi et comment nous courrons à notre perte


C’est une video de 48 minutes, on a en général pas le temps, pourtant dans cette vidéo on a l’explication, à travers la banque Goldman Sachs de pourquoi et comment nous courrons à notre perte. Dites vous bien que ce ne sera pas une élection qui nous sauvera, car les banquiers financent ceux qui se présentent aux élections et en attendent des retours sur investissement. C’est la perversion des élections et qui explique pourquoi nous ne sommes pas en démocratie. Quand on sait, que le président de la banque Européenne, le président du conseil italien, le premier ministre Grecques sont des anciens de la banque Goldman Sachs, alors on sait que ce ne sera pas les banques qui paieront mais nous le peuple. Mais s’il n’y avait que cela, ce ne serait qu’un moindre mal, mais leurs méthodes nous ménent à la catastrophe et là, c’est no future.

http://www.dailymotion.com/video/xmcef9_goldman-sachs-les-nouveaux-maitres-du-monde_news?start=0#from=embed


C’est l’histoire d’une manipulation, c’est un article ardu, mais hélas, trois fois hélas, il est plus facile de faire gober un mensonge à une foule en y mettant un grosse ration de sentiments, que d’expliquer ce qui s’est réellement passé.
C’est une méthode bien rodée qui nous a valu un certain nombre de loi scélérate, les schizophrènes en savent quelque chose. Sarkozy et le Front National sont les spécialistes de ce genre de manipulation.
C’est une méthode qui a fait ses preuves, souvenez vous de cette histoire d’une personne dont la maison avait été vandalisée par on ne sait qui et qui avait été médiatisée la veille des élections. On se laisse tous prendre par ce genre de manipulation car elle font appel au sentiment et ne passe plus par la raison, ce sont les vieux réflexes de notre cerveau reptilien qui prennent les commandes et quand l’onde de choc est passée on se rend compte qu’on a agit comme des imbéciles. Nous sommes dans une société hyper- technique avec un comportement qui date de l’âge de pierre, il faut bien le savoir.  Tout ce qui nous entoure évolue très vite, mais nous physiologiquement nous évoluons au rythme du temps géologique, soit tous les million d’années.
Voilà les élections approchent et ce genre manipulation des opinions ne va aller qu’en s’amplifiant, c’est un des problèmes de l’élection, c’est une des raisons pour laquelle l’élection n’a jamais été démocratique, c’est une parodie de la démocratie et il est incroyable qu’il n’y ait pas une majorité de gens pour dire, stop, ça suffit, on en veut plus. Cela vient-il du fait qu’on appelle démocratie les régimes électifs ? Le doux ron-ron de la télévision ? Je ne sais pas mais c’est dramatique.

En tous les cas c’est très grave, car c’est la justice qui est visée par cette manipulation et je ne saurai que vous conseiller d’en prendre connaissance et d’en faire prendre connaissance :

Attention manip : le « pacte 2012 » de « l’Institut pour la Justice » par Maitre Eolas

A propos de l’institut pour la justice :

http://www.rue89.com/2011/11/18/institut-pour-la-justice-hold-droite-sur-les-victimes-226627

http://robindeslois.org/?p=3059

Publié par : behemothe | 14 avril 2011

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Publié par : behemothe | 3 octobre 2010

Photos de la manifestation du 02/10/2010 à Grenoble


D’après les bruit de couloir il y aurait moins de monde, j’en jurerai pas. J’aurais plutôt dit le contraire. J’ai vu des collégues qui n’étaient à la précédente manif et pas qu’un, plusieurs. Par contre une chose est sûr, c’est que beaucoup des manifestant étaient sur les à cotés tellement il y avait de monde. Ainsi le cours Jean Jaures était occupé sur ses deux allés et même les contre-allées.
Voilà les photos :

Oui c’est bien vrai cela. Et tu ne pourras plus dire que tu ne savais pas pour 2012

Un petit air de 68 ?

Et oui se sont les femmes les plus pénalisées par cette réforme à l’emporte pièce.

Il n’y a pas que lui qui a une retraite dorée, tous les députés qui votent les lois ont aussi une retraite en or. C’est pour cela que nos problèmes ils n’ont rien à faire.

Message simple mais qu’il faut malheureusement rabacher tellement ces mots ont perdu toutes leurs valeurs sous Sarkozy

Une petite phrase amusante pour rappeler que le fossé entr les pauvres et les riches ne cesse de grandir, les pauvres plus pauvres et plus nombreux et les riches plus riches.

Pour ceux qui ne lisent pas la calligraphie.

Oui enfin quand on est démocratie, je ne suis plus sûr que ce soit le cas en France

Oui en fait c’est surtout plus pour les investisseurs et moins pour ceux qui produisent.

Oui, oui, je signe tout de suite, c’est inhumain ce qu’il nous fait subir!

Bettencourt, Woerth…Les candales à répétition, Un procureur qui sent le souffre.

Chômage chez les jeunes, plus de 24%.
Taux d’activité chez les plus de 57 ans 27%
Qui va payer deux ans de plus les vieux au chômage ? Les assedics.

Et pour Woerth tout continue comme si rien ne s’était passé. Impunité totale. Incroyable, mais vrai.

Oui, oui, je suis partant, mais sans leur magot bien sûr, confisqué!

Alors là si on doit lister tous les mensonges de sarkozy, on a pas fini!

Le cours Jean-Jaures, deux fois deux voies, plus des contre allées, le tout rempli de monde. Alors ça en fait…

Tout est dit.

Il n’y a pire sourd que celui qui ne veut pas entendre. Je ne pense qu’un appareillage du gouvernement puisse changer grand chose.

Il ne faut pas hesiter à le rappeler sans cesse, beaucoup a tendance à l’oublier.

Ah ben alors ça, c’est le genre de chose que l’UMP ne doit pas comprendre.

Là, j’avoue ne pas bien saisir!

A se demander si le petit vélo, ce n’est pas dans la tête qu’il est

Pour les Grenoblois

Un lycée qui pour cause de vestusté est fermé sans concertation aucune, comme si les gens c’étaient des quantités négligeables. Et pourtant ce sont des socialistes qu’est-ce que cela aurait été si ça avait été des UMP. décidement notre démocratie est bien malade.

Oui je suis plutôt pour et il me semble que c’est la seule issue. Mais quand je me vois et que je vois les autres et le système, et bien je me dis que ce n’est pas gagné

D’autant plus que cette réforme va faire encore plus de chômeur de longue durée. Parce que les vieux, les patrons n’en veulent pas, trop cher, plus dans le coup des nouvelles technologies. Alors cette réformes est une vaste fumisterie

Enfin pas sous le gazon mais sur le gazon

Oui et bien je me sens plutôt mal et vous ?

Les gardiens du capital

De joyeuses luronnes avec de sérieux slogans

Après le recto, le verso

Un peu de fantaisie pour sourire un peu

Oui très bonne question à rapprocher de la décroissance

de quoi faire frémir

Moi je l’adore cette pancarte, 5 ans c’est assez!

Je vous l’ai déjà montré sous la pluie, le voilà sous le soleil

Et il n’y pas que la régression sociale sous Sarkozy, ça non

ça serait lui fournir une excuse, non, non, c’est tout à fait conscient et volontaire, les mensonges de Sarkozy

Cela se passe de commentaire, c’est toute la politique de Sarkozy

Oui, oui le déambulatoire va faire parti des articles vendus par le CE


Bon l’heure tourne, j’accélère

Tout de même un petit mot pour les roms, on ne les oublie pas.

Joli jeu de mot, bravo

Le recto

le verso

Vous pouvez voir au loin les montagne déjà sous la neige


 

Abandon sur ordonnance.

                                                       

Le gouvernement prépare pour cette rentrée une réforme de la loi de 1990 qui régissait jusque-là les modalités d’hospitalisation sous contrainte en psychiatrie. Hospitaliser sous contrainte, apanage de la psychiatrie, peut s’avérer nécessaire à protéger le patient de lui-même en période de crise, mais aussi à éviter les conséquences de troubles du comportement et de passages à l’acte.

Les crimes commis par des patients en état de démence, bien que surmédiatisés, sont rares voire rarissimes (Il y aurait autour de 5 crimes par jour en France, essentiellement commis en famille ou entre amis…90% des crimes étant élucidés par la police, les statistiques sont à la portée de tout observateur honnête …..) Les malades mentaux ne sont non seulement pas plus dangereux que les autres (ce qui est confirmé par une inévitable étude américaine), mais seraient, en revanche, bien plus exposés à la violence de leurs concitoyens.

Toutes ces observations viennent confirmer ce que tout praticien en psychiatrie sait depuis toujours, à savoir que les malades mentaux sont des êtres fragiles qu’il s’agit de protéger attentivement lors de la traversée de passages difficiles. La folie meurtrière relève de la marge et ne peut donc être au centre d’une politique de soins.

Le point saillant de la réforme proposée est la notion de « soin sans consentement ». « L’hospitalisation sous contrainte » de la loi précédente est ainsi remplacée par le « soin sans consentement » duquel pourrait éventuellement découler une hospitalisation après 72 Heures d’observation dans un centre ad hoc. Jusque-là, le patient était contraint aux soins pendant la durée de sa décompensation et dans le cadre d’un hôpital. Ce projet de loi inclurait désormais une obligation de soin à l’extérieur, y compris quand le patient est stabilisé. Il s’agirait de prévenir un malaise potentiel, sous contrainte. Le modèle fantasmé de traitement du patient dangereux est ainsi généralisé. La psychiatrie engendrerait de la sorte des citoyens particuliers, dont le statut serait calqué sur le modèle de la liberté conditionnelle, rivés à leurs droits par un bracelet chimique car, dans la pratique,  cela se résumerait à l’obligation mensuelle de se faire injecter un neuroleptique retard avec menace d’hospitalisation en secteur fermé en cas de refus ou de non présentation au rendez-vous. Rêve-t-on qu’un patient réellement en phase dangereuse se rende si facilement à ses rendez-vous ?

Il s’agit d’une sédation obligatoire, étendue, dont les dérapages sont facilement imaginables. Le gouvernement veille à ce que les neuroleptiques soient pris et entend résumer les soins à cela. La dangerosité pour soi-même n’est pas même évoquée et le trouble à l’ordre public est prégnant. Alors que le risque suicidaire est la principale menace et le motif courant des mesures d’urgence, celui-ci n’apparaît pas dans le texte. Le motif de cette loi est donc sécuritaire et non sanitaire car le centre de ses préoccupations n’est pas de soulager une souffrance mais de veiller à un certain ordre public, sous couvert d’une efficacité bien théorique.

Il reste vrai que maltraité, attaché sur des lits d’hôpitaux, emprisonné ou abandonné à la rue, désigné à la vindicte populaire, obligé à des injections anonymes, assimilé à une tare génétique et pourquoi pas une erreur de la nature, le citoyen souffrant de troubles psychiques et sa famille pourraient faire part de leur mécontentement. Le gouvernement prendrait-il les devants avec un outil sécuritaire maquillé en entreprise de soins ? Une piqure chaque mois est-elle censée condenser toute la politique psychiatrique et masquer l’état de délabrement de l’appareil de soins ?

         Ce projet de loi ne dit pas qui va courir après les 700 000 candidats à l’injection chaque mois, ne dit pas qu’un traitement est d’autant mieux accepté qu’il se situe dans une perspective de soin et non de coercition, ne dit pas qu’un traitement neuroleptique retard est tout à fait insuffisant à la prise en compte des pathologies qu’il concerne, ne dit rien du manque chronique de lits d’hospitalisation ou de structures extra-hospitalières. Selon ce projet, l’alliance thérapeutique avec le patient doit laisser place à la soumission obligatoire à une chimiothérapie sous peine d’enfermement, alors que tout traitement nécessite la collaboration du patient. Or les places d’hospitalisation manquent. De malhabiles technocrates rêveraient-ils d’une psychiatrie au rabais, sous-équipée, fonctionnant à la menace et osons le mot, pour « de sous-malades » ? Droguer, comme dans les prisons, pour faire régner le calme, reviendrait, pour ce qui nous concerne, à proposer aux patients des camisoles chimiques en enfermant dehors….  Pas de soin mais du silence. Une insulte.

Les malades, leurs proches, sont donc de plus en plus malmenés et ne sont plus des citoyens ayant accès à des soins dignes de ce nom alors que ceux-ci existent. Cette sous-citoyenneté n’est-elle pas l’indice d’un phénomène plus généralisé et l’attitude du gouvernement à l’égard de la maladie mentale n’est-elle pas le reflet du nouvel équilibre des pouvoirs au sein de notre société ?

Il serait illusoire, bien évidemment, de croire qu’une telle atteinte à la citoyenneté laisserait indemne le reste de la population. Tout d’abord parce que personne n’est à l’abri de troubles psychiques et est donc candidat à d’éventuels soins sans consentement mais aussi par ce qu’il convient d’insister sur ce qu’un tel projet vient dire de la structure actuelle de l’Etat français.

Un Etat fort, républicain, n’a aucun besoin de sous-citoyens et assume ses fonctions régaliennes (soins, justice, éducation, sécurité, culture, recherche, insertion, etc….)

Au sein d’un Etat fort, « l’exception à la française » d’il y a quelques décennies par exemple, le jeu du pouvoir est vertical et l’aversion des luttes horizontales qui favorisent les groupes de pression et desservent autant qu’ils inventent les minorités est religieusement établi.  Un Etat fort protège un citoyen et lui enjoint des devoirs alors qu’un Etat faible favorise les communautarismes et organise les rapports de force dont il est le reflet.

La psychiatrie est particulièrement sensible à cette prépondérance de l’Etat.

Plus encore que les autres spécialités médicales, elle se montre dépendante de conditions politiques, ne serait-ce que dans l’organisation des soins. (cela va bien plus loin, mais ce n’est pas le sujet du jour). Alors qu’un Etat fort soigne avec les moyens dont il dispose, un Etat faible organise un espace de concurrence entre différents acteurs que sont, aujourd’hui pour la psychiatrie, lobbies industriels, religieux et sectes, médecines parallèles, médias, assurances, conseils juridiques, associations de consommation, ONG, etc. Il suffit d’un tant soit peu d’attention pour observer comment chacun se place sur ce « marché ».

Nous assistons au quatrième grand tournant de l’histoire de la psychiatrie. Celle-ci s’étale sur deux siècles.

1. La loi de 1838 consacre la victoire des psychiatres sur les juristes, les charlatans et les prérogatives de l’Eglise, dans le domaine de la santé mentale, en créant des lieux de soins laïques, spécifiques, à l’abri d’une justice expéditive, en collaboration avec les préfets. C’est la naissance des asiles psychiatriques. Les conservateurs appuient le projet parce qu’ils y voient une caution scientifique à l’isolement des déviants. Le traitement spécifique, « le traitement moral » de Pinel, n’y sera  au bout du compte jamais appliqué et les asiles se cantonneront à être des lieux d’enfermement indignes. 100 000 internés au début du XX° siècle, les lettres de cachets monarchiques feront figure de « pratiques d’amateur » en la matière….. mais le domaine de compétence des psychiatres est défini. La psychiatrie républicaine née en 1801 de la plume de Pinel devient incontournable.

2. La troisième république, dans sa lutte acharnée contre L’Eglise, tente d’installer durablement le régime contre les monarchistes et s’appuie sur les psychiatres. La naissance des « psychothérapies » autour des années 1890, autorise ceux-ci à étendre leurs activités en dehors de l’asile, dans des cabinets privés, et permet l’ouverture vers la société civile. Un nouveau corpus scientifique, prenant acte de l’existence d’un » inconscient », démystifie l’hystérie et offre à L’Etat républicain un allié sûr dans sa lutte contre l’obscurantisme religieux de tendance monarchiste. Possession et démoniaque avaient fait long feu. L’asile, pour sa part, reste grosso modo ce qu’il était mais sa laïcité se confirme et l’idée de dispensaires commence à poindre ici ou là.

3. Le développement de la psychothérapie institutionnelle après la deuxième guerre mondiale projette de faire des asiles de réels lieux de soins, de soigner à proximité du lieu de résidence du patient, de favoriser l’insertion dans la cité. C’est une dénonciation de l’univers concentrationnaire de l’asile qui, dans une toute nouvelle approche, s’appuie sur les concepts issus de la résistance, les conquêtes sociales,  « l’Etat providence » (la République qui s’occupe de ses enfants), le développement de la psychanalyse puis, plus tard, de la chimiothérapie. Il ne s’agit plus d’isoler voire de punir mais de privilégier la qualité du lien et la proximité. Tout le territoire français a ainsi été découpé en secteurs comme la République l’avait été en départements. « La parole et le soin à moins d’une journée de cheval du lieu de résidence ». Il s’agit d’une conception démocratique du soin.

La réussite de cette politique a été contrastée, relative aux initiatives locales des médecins chefs de service de ces unités. Elle réclamait une « inventivité adaptative » qui n‘a pas toujours été au rendez vous, et, par ailleurs, la fermeture de lits hospitaliers qu’elle a autorisée n’a pas été compensée par un financement équivalent des structures extra-hospitalières. Cette conception relève de facto d’une volonté politique.

4. Depuis les années 80 du siècle passé, nous assistons au quatrième tournant historique de la psychiatrie.

Le « marché », l’idéologie néo-libérale, la communauté européenne, différentes instances mondiales, les moyens de communication modernes, les nouveaux dogmes économiques et moraux, le communautarisme, poussent à une unification des modes de gouvernement et à la déchéance de la force de l’Etat.

L’équilibre entre Etat-nation, pouvoirs régaliens de l’Etat, place du citoyen, modalité des échanges commerciaux, mondialisation, nécessités démocratiques et influence des lobbies reste introuvable.

La psychiatrie actuelle est le reflet de cette situation. Nous assistons en effet à la construction d’une « bulle psychiatrique », aussi solide que ses équivalents financier ou immobilier, construite autour de ce qui reste une hypothèse de recherche, probablement fausse par ailleurs, à savoir l’origine génétique des troubles mentaux.  Au nom de cette hypothèse, tout l’édifice psychiatrique existant est progressivement détruit. Les composantes sociales et psychanalytiques du dit édifice ne sont surement pas étrangères à ce déchainement de violence tant l’idéologie en cours privilégie la concurrence et « l’auto-entreprise de soi » plutôt que la qualité du lien.

Les nouvelles psychothérapies d’Etat participent du même phénomène. Il s’agit partout de ronger l’influence freudienne, et la génétique des troubles mentaux restant introuvable, de porter le fer sur son terrain, d’où l’alliance avec le cognitivo-comportementalisme.

L’Etat d’aujourd’hui veut une psychiatrie à ses ordres, de l’hôpital-prison au cabinet de psychothérapie de ville, en passant par l’obligation de soins injectables.

Le citoyen, ou ce qu’il en reste, est sommé de s’adapter et de soigner sa « résilience ». Le malade n’a qu’à s’en prendre à ses gènes, abandonné.

 

Dr Patrice CHARBIT, pour le collectif des 39

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